Bonjour à vous tous,
Voilà, aujourd'hui je termine ma première semaine et jusqu'ici tout va bien :-)
A priori les étapes les plus dures tant du point de vue du profil des étapes que des rigueurs climatiques sont passées, ce qui voudrait dire que les 25 étapes à venir seront plus faciles. Mais ça je n'en suis pas très sûr, on verra.
En cette saison il n'y a évidemment pas grand monde sur le chemin mais je suis quand même surpris, on n'est pas seul. En me basant sur les informations glanées dans les gîtes où je fais escale et sur le nombre de gîtes ouverts (il n'y en a pas beaucoup), j'estime qu'environ une dizaine de personnes part du Puy-en-Velay chaque semaine.
Après n'avoir rencontré personne les trois premiers jours, ni en marchant ni aux gîtes, j'ai enfin rencontré deux personnes jeudi à Aumont-Aubrac. Il s'agit d'une jeune femme et d'une adolescente de 17 ans et ce soir, à Espalion, c'est le quatrième et probablement le dernier gîte que nous partageons.
Ces deux personnes marchent dans un cadre bien particulier. Elles marchent avec l'association Le Seuil dont le but est d'offrir à des jeunes âgés de 14 à 18 ans en totale rupture sociale, éducative ou familiale, une opportunité de sortir de la spirale d'échec dont il sont prisonniers par le biais de marches longue distance et de longue durée (90 jours). Pour cela chaque jeune est accompagné d'un adulte dont le rôle est de l'aider, de le soutenir moralement, et de l'amener au fil de la marche à se reconstruire en portant un regard différent sur lui même et sur les autres et, au final, à envisager un autre avenir que celui vers lequel il se dirigeait avant cette expérience.
C'est l'aventure dans laquelle s'est lancée S. (1)
Avec son accompagnante Fanny elles sont parties du Puy-en-Velay le 24 janvier avec l'objectif de rejoindre le bout du chemin à Finistere 90 jours plus tard.
Je ne sais pas comment exprimer d'abord ma surprise et ensuite mon immense admiration pour ces deux jeunes femmes. Pour S., qui n'a jamais chaussé de chaussures de marche ou fait de randonnée et qui se retrouve en plien coeur de l'hiver à traverser une région réputée pour la rudesse de son climat hivernal et qui se retrouve également immergée dans un monde tellement éloigné de son univers.
Admiration également pour Fanny qui doit trouver à chaque instant et pour toute la durée d'un voyage difficile et très long le juste dosage d'empathie, de soutien, d'encouragement, tout en permettant à S. de construire son propre voyage et de se reconstruire à son rythme.
Leur rencontre me remémore un proverbe africain usé jusqu'à la corde tellement on a pu l'entendre à toutes les sauces mais qui pour moi aujourd'hui illustre vraiment ce que je ressens en voyant S. et Fanny. "Seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin".
J'ai quitté le Puy-en-Velay après elles et je les ai rejointes après quatre jours de marche, donc, arithmétiquement parlant, je progresse plus vite qu'elles, mais je sais qu'ensemble elles iront bien plus loin que moi. Parce qu'elles ont un but commun et que leurs énergies s'additionnent pour atteindre ce but.
Et si les prochains jours il m'arrive d'avoir mal aux pieds, par exemple, je n'aurais qu'à penser à S. et au courage dont elle fait preuve chaque jour et à Fanny et à sa bienveillance.
Chapeaux bas Mesdames, respect, et bonne route à S. vers son nouveau futur et vers ses rêves de devenir infirmière et d'avoir une grande maison.
Fanny et S. en route vers Saint Chely d'Aubrac. Ce jour là l'épaisseur de la couche de neige a rendu le GR65 impraticable.
Voilà, c'était les dernières nouvelles de l'Aubrac. Demain je vais rejoindre les douces courbes du Lot.
Prenez bien soin de vous et à bientôt.
(1) S. étant mineure et bénéficiant d'un programme de protection de l'enfance, je ne peux ni mentionner son prénom ni poster des photos qui permettraient de l'identifier.